dimanche 29 novembre 2009

• Un bout d'orteil dans Google Wave




Avec une seconde série de relances d'invitations par le site lui-même ou par les quelques invitations fournies aux personnes utilisant (βtestant) Google Wave depuis déjà quelques mois, voilà en ce moment de quoi refaire monter en sauce cette nouvelle vague.

Google Wave nous est présenté comme le futur outil de communication révolutionnaire alliant tout ce qui nous  séduit déjà par ailleurs : dans les échanges mails standards, dans les échanges en temps réel (chat Gmail, MSN...), l'aspect communautaire d'un forum et une diffusion massive à la Twitter, Facebook... Fort déroutant au début, peut-être même décevant dans la forme ou la lenteur de l'interface, il faut garder à l'esprit qu'il s'agit là d'une phase de découverte pour les utilisateurs et que l'élaboration de la Google Vague est loin d'être véritablement achevée. On parle d'un outil qui serait définitivement opérationnel pour la fin 2010. Voilà de quoi laisser joyeusement songeur quand on voit toutes les premières possibilités et évolutions possibles.

Ce qui peut rebuter d'emblée c'est qu'on se noie facilement et rapidement et que (phase expérimentale oblige) nous n'avons pas grand chose sur quoi nous raccrocher pour éviter de couler. Beaucoup saisissent la chance d'avoir une invitation peut-être pour l'effet buzz, jette un œil et voilà ils pourront dire "Google Wave j'étais parmi les premiers mon p'tit gars" mais ne reviendront utiliser la chose que dans quelques mois ou quelques années.  Ils deviennent vite des contacts fantômes. Alors, du coup en passant régulièrement sur son compte, que la plupart de nos contacts ont une activité proche du néant, on en vient à harceler, le ou les quelques rares personnes qui jouent le jeu. En fait, pour commencer à bien s'amuser sur Google Wave et ne pas tourner en rond il faut être curieux et rechercher ce que l'on nomme les Public Waves : il s'agit-là de messages de discussion visibles et accessibles au monde entier. Une petite astuce permet de voir apparaître ce genre de groupes de discussions dans sa boîte Inbox et là c'est Ali Baba qui nous ouvre mille et une cavernes.



Ce ne sont pas des conversations avec trois pelés et un tondu auxquelles on peut accéder mais carrément des vagues de plusieurs centaines de participants. Et puis du monde entier, dans toutes les langues, sur des sujets complètement loufoques entre savants fous qui lancent une vague pour "wave tester quelque chose" comme ils disent, des qui veulent expérimenter des applications aussi diverses et originales que "D'où venez-vous?"  via Google Map à l'appui, des jeux, des sondages, des choses à voir, à écouter... Les conversations les plus intéressantes portent sur Google Wave en fait. Un peu comme dans un miroir sans fin, de façon surréaliste on se retrouve là à discuter à analyser l'outil qu'on utilise au moment même où l'on écrit. Voilà une auto-analyse fort passionnante. 

Oui mais donc à quoi ça sert? Quel intérêt de faire là ce qu'on peut faire dans divers  sites ou  à l'aide d'autres outils par ailleurs? Gadget à geeks ou beaucoup mieux encore?






Google Wave est en fait un outil passionnant car il s'agit-là un outil ultra-vivant. Les mous du genou peuvent aller se rhabiller! Google Wave est fait pour les réactifs, instinctifs et autres hyperactifs. On ne reste pas fixé sur l'écrit passé ou l'écrit présent... Tout peut-être revu, recorrigé. Google Wave ravira nos penchants voyeurs puisqu'on observe ce que l'autre écrit en temps réel, on peut lui couper la parole (l'écriture pour le coup), le reprendre directement là où on est en désaccord.  Fini donc les "Tu sais quand tu me disais un peu plus haut que ceci..." Là, on réédite ou on complète directement le point saisi. Une fonction playbac permet de rejouer l'échange : impossible de tricher, de mentir, tout peut être revécu, reanalysé, modifié (mais on le saura). L'outil parfait du petit pinailleur.


Encore beaucoup de couacs, de fonctions que l'on ne maîtrise pas, que l'on ne comprend même pas. De la lenteur dans le cas de vagues avec un très grand nombre de participants. Les testeurs sont avant tout des passionnés, des personnes compétentes avec des idées d'améliorations très prometteuses. 


Quelques liens pratiques : 

Un énorme merci à Axl pour l'invitation et à Zul pour son infinie patience, son aide précieuse et son accompagnement dans la découverte de la vague...

samedi 21 novembre 2009

• Sons Of Anarchy ... on the devil's bed.



Après la seconde Guerre Mondiale, le retour des héros au pays s'est accompagné de la création de quelques clubs de motos. Désirant fuir une vision carton pâte de l'Amérique d' Eisenhower, ces fanatiques de motos trouvaient là un moyen de s'aérer, de s'amuser, de faire des virées entre potes. Petit à petit certains de ces clubs se sont transformés au fil des années en de véritables entreprises hors la loi. 


L'intrigue de Sons Of Anarchy prend place dans une ville fictive de Californie : Charming. Cette petite bourgade vit sous l'emprise de SAMCRO  (Sons of Anarchy Motorcycle Club, Redwood Original) le gang local créé en 1969 selon la légende. Alors bien sûr il y a des embrouilles avec les autres gangs, des gangs identitaires : celui des afro-américains : les One Niners, celui des mexicains : les Mayans, celui des ultra blancs : les Nordic's., les américano-chinois du gang des Triads... le tout  sur fond de revente d'armes à l'IRA. On échappe toujours in extremis aux quelques enquêteurs non corrompus qui veulent rétablir un peu d'ordre dans tout ça. Au moment où la série débute SAMCRO est dirigé par Clay Morrow le nouveau mari de Gemma (veuve d'un des membres fondateurs de SAMCRO et mère de Jax qui est destiné à prendre tôt ou tard SAMCRO en charge). Toute cette ambiance de guerre des gangs sur fond de saga familiale est un subtil mélange entre The Sopranos  et The Shield. Rien d'étonnant concernant la dernière référence vu que le créateur de la série,  Kurt Sutter, fut le producteur et joua dans The Shield. Il manque peut être à Sons Of Anarchy  l'humour sans cesse présent chez les Sopranos : la drôlerie de personnages qui  les rendait attachants. Là les membres de SAMCRO sont surtout détestables  et repoussants, même si deux, trois, un peu fêlés, attendrissent. 


Parmi toutes ces brutes, le personnage principal Jax (interprété par Charlie Hunnam) fait figure d'ange parmi les sales hommes, physiquement déjà avec sa blondeur lui conférant une certaine pureté il apparaît à plusieurs reprise comme le sauveur : celui qui libère Tara, son amour de jeunesse, d'un agent psychopathe qui la harcèle et celui qui épargnera la vie d'une pauvre gamine de 17 ans dont le sort était pourtant scellé puisqu'elle était un témoin trop gênant capable de provoquer la chute de SAMCRO. Il est même le seul qui débarque vêtu de blanc lors de la cérémonie d'enterrement du dernier épisode de la première saison. Jax semble avoir de faux airs de Kurt Cobain : physiquement simili clône.   Hasard, coïncidence? La ressemblance est voulue il n'y a pas de doutes : entre la chemise à carreaux  grunge qu'il porte parfois, son tee-shirt blanc et ses errances solitaires, sa démarche nonchalante, le plan durant lequel on le voit avancer dans le cimetière rappelle étrangement des plans de Gus Van Sant dans Last Days. Il a un côté très romantico-rock & roll Jax et c'est sans doute la raison pour laquelle quelques longs passages le montrent s'éveillant, se promenant, pensif au gré d'une bande son très rock et toujours épatante.


 Mais Sons of Anarchy ce ne sont pas que des Bikers tatoués, de la bière, des soirées orgiaques,  des filles, des seins, du sexe, des fusillades, des meurtres, des intrigues de guerre des gangs! Il serait franchement réducteur de ne s'en tenir qu'à cela. Sons Of Anarchy c'est surtout une femme, Gemma : la reine mère, l'intriguante, celle qui tire toutes les ficelles. La légitime cheftaine de SAMCRO déjà historiquement parlant et de par sa position hautement stratégique : veuve du fondateur, femme du chef intérimaire (proche du mari disparu), mère du dauphin. Mais bon sang on se croirait dans Shakespeare. Inspiration apparemment avérée. On tient là une Catherine de Médicis sévèrement burnée. Avec ses décolletés plongeant sur ses tatouages, avec sa manière  d'imposer les choses soit avec classe ou en se battant à coups de skate-board dans la gueule, elle cumule tout, contrôle mieux que Clay SAMCRO. C'est lui qui craque et pleure dans ses bras, elle très rarement craquera malgré les épreuves terribles qu'elle vivra lors de la deuxième saison. Ses uniques faiblesses sont féminines : jalouse et blessée lorsqu'elle croisera un coup d'un soir de son mari et inquiète sur son âge et vouant un attachement excessif et exclusif envers son  fils héritier Jax. Elle est l'un des seuls personnages féminins (avec Tara la petite amie médecin de Jax) à ne pas être réduite à une sordide junkie ou un e fille-objet sexuel. Elle assure carrément Gemma  dans ses rôles multiples : que ce soit pour un tabassage en règle, une vengeance personnelle, un nettoyage de maison, pouponner son petit fils. Pas étonnant que ce soit  Katey Sagal qui interprète brillamment ce rôle en or, épouse de Kurt Sutter à la ville, il lui offre là la chance d'interpréter un personnage passionnant. 

Sons Of Anarchy n'est pas seulement une série dramatique passionnante c'est également un régal musical à chaque épisode. Les bandes sonores sont époustouflantes entre morceaux de country nerveuse, blues rock, punk sauvage ce sont des découvertes, des valeurs sûres qui accompagnent les intrigues, les chevauchées à motos. On entend pèle-mêle du The Lions qui reprend Bob Dylan, du The Black Keys, les Dropkick Murphys et bien d'autres! Alors soyez heureux visionneurs mélomanes : pour chaque épisode il est possible de connaître les  morceaux entendus et de réentendre ces extraits (avec liens vers les sites artistes!!) en allant sur le Music Guide du site officiel. 




La saison 1 de Sons Of Anarchy sort en DVD le 9 décembre prochain.
Les épisodes de la saison 1 sont diffusés actuellement sur M6.
La saison 2 a été diffusée en grande partie aux USA (dernier épisode prévu en décembre) prochain.



dimanche 15 novembre 2009

• Hollywood en larmes de Benjamin Peurey




Benjamin Peurey est un personnage follement attachant. Passionné, passionnant, à la curiosité sans limites, il a fait les beaux arts, a côtoyé et travaillé avec des artistes aussi excentriques et géniaux qu’Annette Messager pour ensuite devenir, depuis quelques années, le parolier du groupe Elista. Touche à tout il fait aussi le comédien (et l’a fait brillamment dans le court métrage "Boulevard Des Hits"   de François Néméta) et écrit aussi des bouquins. Quand on a la chance de le croiser tard le soir, dans quelques bars, on se plaît à débattre avec lui de tout, de rien, de musique, de la vie… sous son œil parfois goguenard. 

Ce mois-ci, Benjamin Peurey nous dévoile une  nouvelle facette de ses activités multiples en publiant un recueil de nouvelles : Hollywood en larmes. Il nous offre là huit nouvelles, certaines d’une quarantaine de pages et d’autres beaucoup plus courtes proposant des intermèdes entre quelques histoires plus intenses. Le fil conducteur semble être cette folie réelle ou irréelle dans laquelle les personnages évoluent tirant parfois au cauchemar. Les ambiances sont sombres, angoissantes parfois glauques ou malsaines. On s’imprègne rapidement de la détresse omniprésente sur l’ensemble de l’ouvrage que ce soit celle d’un père, d’hommes seuls en virée nocturne, d’un homme qui vit une expérience extraordinaire, d’une femme qui veut être celle que son homme aime… On a tous vécu ou vivons le genre de tourments et les souffrances abordés dans les nouvelles d'Hollywood en larmes  et sommes portés par cette quête perpétuelle vers l’acceptation de soi (thème traité dans une ultime nouvelle tout à la fois  captivante, dérangeante et fort amusante). Ceci rend chaque nouvelle attachante  et même  les personnages les plus médiocres nous paraissent proches. Les chutes sont souvent inattendues, on les devine parfois ce qui n’enlève rien à l’intérêt de l’intrigue. L’écriture est rythmée sans temps mort. Voilà de quoi charmer même les lecteurs les moins assidus. Sous couvert de présenter des récits imaginaires ou peut-être en partie autobiographiques pour certains, Benjamin Peurey lance des pistes de réflexion fort passionnantes sur des constats d’existence, des sentiments qui nous traversent et parfois nous bouleversent. 
A noter les très belles illustrations proposées par Marine le Saout : mélange de douceurs de tons pastels sur des graphismes beaucoup plus durs et torturés. 

Hollywood en larmes de Benjamin Peurey aux Editions Novigny 44 Peut être commandé Ici

dimanche 8 novembre 2009

• La vie est cette horreur merveilleuse



Quand on lit peu, très peu, trop peu, les quelques livres croisés et véritablement dévorés marquent forcément. J'avais 18 ans quand je pénétrai l'univers d'Hervé Guibert. C'était en 1990, il venait de sortir ce roman, une autofiction : A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie. Un livre à clés au détour duquel il évoque la séropositivité, les relations homosexuelles, l'arrivé de ce SIDA qui déboule de tout côté. Dans un style très dur parfois choquant, Hervé Guibert fait partager ses propres angoisses, ses espoirs, ses doutes, ses désespoirs face à une maladie souveraine. Invité sur pas mal de plateaux télé en ce printemps 1990 (dont un Apostrophe inoubliable), l'homme est tout aussi attachant qu'il choque. Avec sa gueule d'ange, sa posture d'éternel adolescent,   il porte sur lui déjà physiquement la maladie à laquelle s'ajoute une vision auto-suicidaire proche de l'irresponsabilité mais qu'on ne peut que pardonner tant l'homme nous touche dans son récit ou ses différents témoignages.


Pascal Breugnot grande prêtresse avant gardiste de la Télé Réalité version glauque lui proposera alors de se filmer au quotidien, de témoigner ainsi de sa vie avec la maladie. Guibert qui a toujours rêvé de faire du cinéma, avant même d'écrire, y voit là une opportunité à saisir avant cette mort qui approche. C'est ainsi que naîtra le documentaire La Pudeur ou l’Impudeur. Hervé Guibert meurt le 27 décembre 1991 quelques jours après une tentative de suicide. Un mois plus tard TF1 diffusera le film. J'avais presque 20 ans quand j'ai vu ces images et je conserverai à jamais le souvenir de ce corps qu'on voit se décharner jour après jour, ces souffrances physiques au quotidien. Sans jamais sombrer dans le voyeurisme gratuit ou dans le compassionnel, La Pudeur ou l’Impudeur est un film calme, aérien,  sur l'attente devant la mort. Magnifique, émouvant témoignage qui 18 plus tard semble encore tellement actuel.

DVD La Pudeur ou l’Impudeur (BQHL Editions)
Bonus :
Apostrophes - du 16 mars 1990 - Le Sexe Homicide Ex-Libris - N° 84 du 7 mars 1991 - Émission spéciale consacrée à Hervé Guibert Photos d’Hervé Guibert - commentées par Christophe Donner Livret Hervé Guibert